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Philipponnat

09/12/2016
et son légendaire Clos des Goisses

Installée à Ay et Mareuil sur Ay depuis 1522, la famille Philipponnat est propriétaire d’un domaine qui inclut le fameux Clos des Goisses, le plus vaste clos de Champagne. Composé de quatorze parcelles contiguës, il s’étend sur 5,5 hectares à flanc de colline, face à la Marne, à la sortie de Mareuil. Coteau exceptionnel, pour sa craie et son exposition, le clos des Goisses produit une cuvée éponyme, ainsi que quelques cuvées parcellaires issues de ses meilleurs terroirs, dont le célèbre Les Cintres.
 

Y. Chapier, P. Basso, Frédéric (S.I.), A. Rosengren, C. Philipponnat, P. Faure-Brac, E. Allouche, Yann (S.I.)

A l’occasion de la grande dégustation de Champagnes organisée par Sommeliers International, Charles Philipponnat, président directeur général du domaine, a convié trois Meilleurs Sommeliers du Monde, Philippe Faure-Brac, lauréat 1992, Paolo Basso lauréat 2013 et Arvid Rosengren, lauréat 2016, à venir découvrir ce clos merveilleux, et déguster quelques cuvées maison.
Philipponnat ne se limite pas au Clos des Goisses, mais recouvre dix-sept hectares, possédés en propre, et l’équivalent de 50 hectares en achats de raisins, pour assurer la production d’une gamme qui va du BSA au « 1522 », la cuvée de prestige.

Le cellier abrite des foudres, fûts et demi-muids dédiés aux vins de réserve qui sont gérés sous forme de « réserve perpétuelle » destinée à apporter complexité et texture aux assemblages non millésimés. Charles Philipponnat se garde de parler de « soléra », car il n’y a ni ouillage systématique, ni étage superposés de barriques. Néanmoins, commencée après 1945, cette cuvée contient en dilution de plus en plus faible plus de 70 millésimes…

Les vinifications se font en partie en cuve inox, et en partie en fût de chêne. Pour préserver la fraîcheur de ses Champagnes Charles Philipponnat bloque la fermentation malolactique des vins vinifiés sous bois. Quant à la rondeur, elle provient de la pleine maturité des raisins à la récolte. Les dosages sont faibles et les vieux vins millésimes sont conservés « sur pointe » pour être dégorgés à la demande. « La philosophie de la maison, explique Charles, est d’élaborer des vins aromatiques et puissants, grâce au Pinot Noir, tout en faisant ressortir leur minéralité. »

La dégustation commence par la cuvée parcellaire, « Les Cintres » en millésime 2006. Il s’agit d’un assemblage de 70 % de Pinot Noir et de 30 % de Chardonnay, vinifié en fût. Le vin impressionne par son fruité et sa richesse aromatique. Chacun souligne qu’il se marierait à merveille avec des champignons noirs ou des truffes…

Ensuite, Charles Philipponnat va dans sa « Cave au Trésor » pêcher un magnum qu’il dégorge à la volée avant de le servir, laissant à ses hôtes le soin d’en deviner l’année. Il précise simplement qu’il s’agit d’un pur Chardonnay issu du Clos des Goisses. Arvid Rosengren note que le niveau d’acidité suggère « une année solaire » et le consensus se fait autour de 1976. Ce qui est bien le cas. Le vin est d’abord iodé, puis prend des notes de résine de pin et enfin de badiane avec une légère note oxydative.

Au dîner Charles Philipponnat débouche un « Clos des Goisses 2007 » servi sur un homard bleu en salade avec de la mangue. Arvid juge « l’équilibre du vin remarquable, avec des notes un peu oxydatives au nez mais une bouche très fraîche ». Philippe Faure-Brac en souligne la « maturité » et le contraste apporté par sa « tension en bouche ». Pour Paolo Basso, le vin « est fin et a de la classe. Il est crémeux, savoureux, élégant, long avec une belle personnalité. »
Le turbot petits légumes sauce crémeuse et Xérès est marié au Grand Blanc 1986 ainsi qu’au Réserve Millésimé 1982. Le premier est un Blanc de Blancs issu exclusivement de grands crus de la Côte des Blancs, de Mareuil et d’Ay. Le second a été élaboré à partir d’une base de Pinots Noirs.

Pour Paolo Basso le premier a un nez de « caramel et sirop d’érable ». C’est un « vin évolué, délicat, avec une touche d’amertume en finale ». Quant au Réserve Millésimé 1982, il présente un nez « de truffe blanche et de citron confit » ; il a une « belle structure », mais approche de la « limite d’âge ». Mais la préférence de Paolo Basso ce soir-là va au Clos des Goisses 1996 servi ensuite. Il le juge « toujours grand » avec des notes de « chinotto (kumquat), d’épices, de levures et de caséine », ainsi qu’une texture « crémeuse et savoureuse » sur une « élégante structure saline ».

La dégustation a mis en avant les années en « 6 » ; comme 2006, 1996, 1986 et 1976… De quoi attendre impatiemment les… 2016.

Gérald Olivier

 

www.philipponnat.com