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N°166

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L’ASI à Klein Constantia

Le bureau de l’ASI devant le domaine.

En janvier dernier, les membres du Bureau de l’Association de la Sommellerie Internationale, puis du Comité Technique du Concours du Meilleur Sommelier du Monde 2019, se sont réunis en Afrique du Sud, dans la région du Cap, au domaine de Klein Constantia, l’un des vignobles les plus mythiques au monde. À l’invitation de Hans Aström, directeur général et responsable en grande partie du nouveau visage de Klein Constantia et de ses vins.

Quand on arrive à proximité de Klein Constantia, on est d’abord frappé par la beauté du vignoble en pentes douces sur les contreforts de la montagne de la Table. C’est la nature ordonnée, la vigne bien en rangs, très graphique, avec ces jolies maisons blanches de style hollandais du 17ème siècle. Un véritable tableau. Puis on réalise que cette situation entre l’Océan Altlantique et l’Océan Indien est tout à fait exceptionnelle. Unique. Six kilomètres de chaque côté à vol d’oiseau. On comprend dès lors le rôle du Cape Doctor, ce vent du Cap qui évite tant de maladies à la vigne.

Et pourtant, malgré cette situation géographique privilégiée, Klein Constantia n’a pas échappé à l’oïdium puis au phylloxera. Ce qui explique en grande partie la disparition du fameux Vin de Constance pendant près d’un siècle…

L’histoire de ce vin est tout à fait hors du commun. Elle remonte à 1685, bien avant Yquem, lorsque Simon van der Stel, le premier gouverneur du Cap, séduit par la région décide de créer un vignoble auquel il donne le nom de sa fille, Constantia. Il importe, entre autres, des plants de muscat de Frontignan et de chenin blanc. Et ce Vin doux de Constantia, cet or liquide, est très vite prisé par les Cours d’Europe, de Frédéric le Grand à la reine Victoria, sans oublier Versailles. Et même aux États-Unis, où le président Thomas Jefferson est un grand amateur et collectionneur de vins. En France, on l’appelle de nos jours le Vin de l’Empereur car Napoléon en consommait régulièrement pendant son exil à Sainte-Hélène. Mais les poètes et romanciers y étaient également sensibles. Baudelaire, Dickens, Jane Austen…

Au milieu du 19ème siècle, Klein Constantia connaît une période très difficile et le Vin de Constance disparaît même tout à fait en 1898 pour ne renaître qu’en 1986. Et ce, grâce à l’opiniâtreté et au travail de recherche de Duggie Jooste, son nouveau propriétaire, du professeur ampélographe Orffer et du viticulteur Ernst Le Roux qui ont réussi à identifier non seulement les cépages originels mais aussi le processus traditionnel de vinification du Vin de Constance. Le muscat de Frontignan des tout premiers temps a même pu être cloné. Toutes les conditions étaient alors réunies pour que revive le fameux Vin de Constance.
 

Les MSM et Andrés entourant Hans.
Aujourd’hui, il est l’objet de toutes les attentions, de la vigne jusqu’à la mise en bouteille. Vendanges successives des grains séchés sur pied, égrappage, macération, fermentation, élevage en cuves inox thermorégulées et fûts de chêne (97 % français, 2 % hongrois and 1 % d’acacia) pendant une période de trois à cinq ans. Puis sont opérés divers assemblages successifs qui sont dégustés en plusieurs sessions par un panel d’experts. Pour le millésime 2016, plusieurs Meilleurs Sommeliers du Monde – Serge Dubs, Markus Del Monego, Olivier Poussier, Andreas Larsson, Arvid Rosengren – ont ainsi contribué à l’équilibre subtil du Vin de Constance dont Hans Aström souligne que « c’est un vin sec avec de la douceur »… Une belle acidité lui confère cette fraîcheur qui contrebalance la sucrosité et donne une telle sensation de légèreté, d’élégance.

Mais Klein Constantia ne se résume pas au seul Vin de Constance. Le domaine donne également d’excellents vins secs issus de sauvignon blanc, de chardonnay, de cabernet sauvignon, de syrah… ainsi qu’un grand Cap Classique, grâce à un jeune Maître de Chais, Matt Day, nommé par Hans Aström dès sa prise de fonction en 2012 et qui fait des merveilles. La collaboration avec Pascal Jolivet pour Metis, un vin issu de sauvignon blanc, a également marqué la politique de vinification du domaine d’une approche holistique.

La nouvelle ère de Klein Constantia a démarré en 2012, juste après l’acquisition du domaine en mai 2011 par l’investisseur et philanthrope tchéco-américain Zdenëck Bakala et l’homme d’affaires britannique Charles Harman. Puis la fusion de Klein Constantia et du vignoble d’Anwilka (Stellenbosch) en juin 2012 a amené deux nouveaux actionnaires, Bruno Prats (ancien propriétaire du Château Cos d’Estournel à Saint-Estèphe) et Hubert de Boüard (copropriétaire du Château Angélus à Saint-Emilion) et créé une synergie fort bénéfique aux deux domaines viticoles.

Dès son arrivée, Hans Aström, après plus de 25 années passées dans le monde du vin, la sommellerie puis le business à l’international (Peter Lehmann, Hess Family), met en place un programme destiné à redonner à Klein Constantia, et tout particulièrement au Vin de Constance, ses lettres de noblesse. Suédois d’origine, mais citoyen du monde comme il se plaît à le dire, Hans, avec le soutien de ses actionnaires, réforme entièrement le domaine. Le choix des hommes, une équipe de spécialistes, bien soudée et aussi la volonté et la décision donc de créer des conditions optimales dans le vignoble et à la cave. Plus d’irrigation avec l’eau de la ville, récupération de eaux de pluie, traitement des eaux usées, installation de panneaux solaires, plantation de pieds de vigne plus résistants à la sécheresse, adoption de techniques de pointe pour la conduite et la taille de la vigne, lutte contre l’érosion des sols, travail des percherons… Ce qui a valu à Klein Constantia d’être le premier domaine certifié biologique en 2013. Sans oublier une brigade anti-incendie et des gardes chargés de surveiller et contenir les raids des babouins de la montagne très friands de raisins blancs, la refonte complète des installations, le réaménagement des chais et de la salle de dégustation…  Et aussi la restauration de l’ancienne demeure de van der Stel et du cellier historique, la création d’un Bistro et d’une boutique, tout est mis en œuvre pour magnifier Klein Contantia. C’est la recherche constante de l’excellence à tous les niveaux !

« Nous avons le privilège d’être les gardiens de l’une des propriétés les plus historiques du Cap et considérons la préservation de cet héritage comme une grande responsabilité ».

Toute l’équipe de l’Association de la Sommellerie Internationale a pu travailler dans des conditions optimales et découvrir également les grands chenins blancs sud-africains, de vieux  millésimes de diverses appellations d’Afrique du Sud à Twelve Apostles, le projet des vieilles vignes et le collectif du cabernet au Green Goose à Stellenbosch, une rencontre découverte avec les vignerons de la vallée de Hemel-en-Arde (Hermanus) à Ataraxia’s wine lounge, suivie de la visite-dégustation-lunch chez Hamilton-Russell. Une superbe expérience grâce à Klein Constantia et SASA, l’Association des Sommeliers d’Afrique du Sud, qui nous ont concocté ce magnifique programme.

Encore un grand merci à Zdenëk Bakala, Hans Aström, Matt Day et tout le staff de Klein Constantia, à Higgo Jacobs, Barry Schoffield et JV Ridon, SASA, à Olive et Anthony Hamilton Russell, Ina Smith, Chenin Blanc Association, Justin Van Wyk de Constantia Glen, David Clarke, ex-animo, Roland Peens, wine cellar, Chris Williams, Meerlust, Lucas van Loggerenberg, Andre Morgenthal, Old Vine Project, Christo Le Riche, Cabernet Collective, Gustaaf Boshoff, The Green Goose Craig Wessels, Hemel & Aarde growers association, Kevin Grant, Ataraxia  et tous ceux qui ont aussi contribué à la réussite de ce beau projet et ont donc facilité la préparation du Concours du Meilleur Sommelier du Monde dans une merveilleuse ambiance…

Michèle Aström Chantôme