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Le drapeau belge flotte à La Haye

19/06/2018

Qu’est ce qui a changé au Château La Haye et à Bellevue-Cardon depuis l’arrivée de Chris Cardon, industriel flamand dans l’univers pharmaceutique, entrepreneur vétérinaire ?
 

Lloyd Lippens Caroline et Chris Cardon

Sportif et amateur de bons vins, c’est en courant le marathon du Médoc que Chris Cardon est tombé sous le charme des lieux. L’histoire aurait pu s’arrêter là mais la magie du Médoc, ces vignes qui parfois regardent le fleuve et qui ne peuvent voir naître que de bons vins le poussent à revenir. Il court à nouveau sur cette fameuse D2 qui déroule le tapis rouge des grandes étiquettes médocaines, frappe aux portes pour participer aux sacro-saintes vendanges, et entre deux coups de sécateurs, repère dans cet amphithéâtre de vignes l’ancienne maison du curé de Pauillac. Bellevue, un château sans vignes depuis le gel de 1956, qui occupe un petit sommet avec l’estuaire à ses pieds, à deux pas des deux Pichons et de Latour. Coup de cœur et achat. En 2012, il achète Château La Haye à Saint-Estèphe, un domaine à fort potentiel qui avait besoin d’être revitalisé. De dix hectares, La Haye est passé à près de vingt hectares, après l'acquisition de plusieurs parcelles de Cabernet notamment, suivi du rachat de dix hectares des vignes de Château Vieux Coutelin, Cru Bourgeois de Saint-Estèphe. Il obtient aux enchères également 2,5 hectares de vignes pour Bellevue désormais baptisée Bellevue-Cardon, alors que Pichon Comtesse et Latour lorgnent sur ces parcelles idéalement situées.

L’ère Cardon peut désormais commencer. Longtemps, les Bordelais ont inventé des vérités sur les terroirs du Médoc. Les Margaux développaient un style féminin, les Pauillacs se devaient d’être masculins, et les Saint-Estèphes représentaient une idée de la puissance. Et il en serait ainsi pour l’éternité… le vin échappant à leur créateur ? Le terroir domine a t-on coutume de dire. Mais les gens du large ne l’entendent pas de la même manière. Chris Cardon aime les challenges et commence alors son quadrathlon de la vigne, en étudiant chaque parcelle et en investissant dans du bois neuf et une cuverie pour faire du micro-parcellaire : « Ce que je veux faire, c’est un Saint-Estèphe plus féminin. Je joue sur les rendements, la maturité de la vendange, sur l’intimité du vin à travers le bois qui l’enveloppe. Et nous avons pris le parti, avec notre œnologue Eric Boissenot, de procéder à des extractions plus douces, en séparant le jus du marc que l’on classe ensuite comme des épices et que l’on saupoudre, à la manière d’un cuisinier, au moment des assemblages. Cela permet de rajouter de la densité et leur classement par qualité (plus ou moins tanniques) offre ainsi une palette sur laquelle on peut jouer. »

Visionnaire et ambitieux, Chris Cardon épaulé de son beau-fils, Lloyd Lippens, compte bien rajouter à La Haye un autre chapitre que celui qui abrite les rendez-vous galants entre Henri II et Diane de Poitiers. Leur monogramme, H et D entrelacés, est gravé dans la pierre à l’entrée du Château. Il orne les étiquettes des diverses cuvées du château. Mais La Haye, c’est aussi deux syllabes pour conquérir le monde et faire frémir les amateurs de vins épris de terre et de caractère. Son ambition : faire parler le terroir spécifique du Château La Haye, un style La Haye, reconnaissable entre mille par les amateurs et postuler au rang de Cru Bourgeois exceptionnel. Un travail de longue haleine. L'esprit La Haye selon son propriétaire, c'est la structure, l'équilibre, l'élégance et le fondant. Il s'impose d’emblée dans la pureté et l’énergie remarquable du millésime 2012, tranchant avec l’austérité d’antan. Sollicité par la Place de Bordeaux, Cardon reprend également le fil rouge de la commercialisation, la moitié est vendue en primeur. Le reste part en Belgique bien sûr, mais un travail a commencé sur le grand export. Et ce sera la même exigence pour le premier millésime de Bellevue-Cardon (90 % de Cabernet) qui « vise le meilleur de ce que peut offrir Pauillac. Et lorsqu’un millésime ne sera pas à la hauteur, nous ne produirons pas de Bellevue-Cardon », précise Chris Cardon.

Le 2015 est un vin de ha:ut vol, dense, charnu. Et fait la fierté de la famille, car si la vigne est un affaire de rendement, c’est avant tout une affaire de plaisir.

Bénédicte Chapard

 

Quelques chiffres :

  • Bellevue-Cardon : 4 000 bouteilles / 145 euros TTC
  • Château La Haye : 50 000 bouteilles / 27 euros TTC
  • Cuvée Majesté de la Haye : 4 000 bouteilles / 60 euros TTC
  • Total production des Vignobles Chris Cardon : 200 000 bouteilles
     

www.chateaulahaye.com