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David Liorit, chasseur d’étoiles

30/03/2017

David Liorit est né sous une bonne étoile. En 1982, à Libourne. Pas besoin d’en dire plus, le destin est parfois taquin, en jouant les évidences. Bacchus, Epicure seront ses parrains. Son histoire s’écrira entre deux rangs de vignes. A 35 ans, il est directeur du château Petit Val, consultant et vigneron à Cahors. Une « étoile montante » chuchote-t-on à Saint-Emilion. A la fois chasseur d’étoiles et révélateur de nouvelles constellations.
 

David Liorit

L’esprit vif, le verbe coloré, de l’énergie à revendre, David Liorit s’est fait un nom dans les vignes de Saint-Emilion. Il n’aura fallu qu’une décennie pour s’imposer comme la promesse d’un renouveau. Après des études d’œnologie, quelques escapades en Espagne et dans le Sud de la France, le voici à 23 ans, responsable technique d’un domaine, Château Beauséjour à Montagne-Saint-Emilion, conseillé par Stéphane Derenoncourt : « Pendant 4 ans, j’ai appris et suivi ses méthodes, ses gestes. Une sorte d’immersion dans une autre école, buissonnière celle-ci, faite de bon sens et de respect de l’environnement ». Puis à 27 ans directeur général du Château Belle Assise à Saint-Émilion (groupe J.-P. Beltoise, ancien pilote F1).

En parallèle, il s’associe avec son copain d’internat, Arnaud Bladinière à Cahors pour 10 hectares plantés de Malbec. Ensemble, ils observent les vignes, dégustent parcelle par parcelle, se plongent dans la connaissance du terroir, jouent la carte de l’exigence, et dessinent une nouvelle constellation. Baptisé le « Mas des Etoiles », car « ici, le ciel est vierge de toute pollution, c’est sur nos terres que viennent les passionnés pour scruter la voie lactée », précise David. Dans le verre, il cherche le goût du fruit frais, des épices, la fraîcheur, un côté plus moderne et buvable, loin de l’image d’un Cahors massif. Les étoiles se décrochent sans crier gare : médaille d’or au concours Malbec dès 2009, élu meilleur vigneron de l’année par la RVF… « Les bouteilles commencent à partir dans le monde entier, au Québec, en Australie…, on s’agrandit ».

L’histoire s’enchaîne. Il commence à proposer ses conseils. Les investisseurs lui font confiance. Jean-Louis Alloin, entrepreneur lyonnais, l’interpelle pour le choix d’une propriété. David lui propose Château Petit Val, en Saint-Emilion Grand Cru, une belle endormie lovée dans un vallon au terroir sablo-graveleux. Et réveille la Belle au Cep Dormant avec douceur et délicatesse dans les vignes, et détermination dans les chais. Le voici qui marche à l’instinct, refusant la facilité. Il prône des sols vivants, laboure certaines parcelles à cheval, plante du seigle et de l’orge entre les rangs de vigne, remplace le Petit Verdot par du Malbec, tente dans les chais des macérations pré-fermentaires à froid, et installe dans chaque pièce des paperboards vierges pour l’ensemble de l’équipe. « J’adore les brainstormings, que chacun puisse mettre ses idées à plat. Pendant les vinifications, parfois, je mets du Chopin, parfois du Coldplay, ça dynamise, des choses émergent toujours… ».

En 2015, six hectares de parcelles mitoyennes permettent l’apport de sols argilo-calcaires et l’extension du Cabernet Franc. Son cépage de prédilection. Le parti pris de l’élégance est évident. Il veut signer un grand vin minéral, enjôleur, appétant. Mais surtout « un vin d’âme, de plaisir, de discussions, un vin qui a des tripes ». Entre pudeur et pop rock, la Belle reprend des couleurs, et s’émancipe avec un rosé façon Provence et bientôt un blanc. Là encore, il étonne. Ce sera du riesling ! Clin d’œil clandestin aux origines alsaciennes d’Olivia Allouin. Un nouveau défi de quelques ares pour un nouveau chapitre. L’angoisse de la page blanche ? Il paraît que les pionniers n’en souffrent pas… Encore moins les chasseurs d’étoiles !

Bénédicte Chapard