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Les délégués de l’A.S.I. à la découverte du vignoble serbe

02/12/2016
Des découvertes et des rencontres de qualité

En marge de l’assemblée organisée à Belgrade au début du mois de juin 2016, les délégués de l’Association de la Sommellerie Internationale ont visité quelques domaines sous la conduite de Dejan Zivkoski et Durda Katic. Ils ont pu constater que la Serbie, terre de tradition viticole, offrait une palette de terroirs et de cépages très variée. Désormais, Prokupac, Vranac ou encore Tamjanika n’ont plus de secrets pour eux.
 

Domaine Aleksandrovic

Ce parcours initiatique, pour nombre de sommeliers présents, a débuté à Palic, au Nord de Belgrade, tout près de la frontière hongroise. Sur les terres du domaine Zvonko Bogdan, ils ont découvert un lieu parfaitement équipé en termes d’œnotourisme. Accueillis par Andor Cakanj, le propriétaire des lieux, dans une sorte de château dressé au milieu des vignes, leur visite les a conduits dans le chai de vieillissement en fûts. Un espace qui témoigne à lui tout seul de l’importance des investissements réalisés.

Deux gammes de vins ont été proposées à la dégustation. La ligne « Classique » décline les trois couleurs sous la forme de vins d’assemblage. La ligne « Premium » présente d’abord quatre vins blancs en mono-cépage : Sauvignon Blanc, Pinot Blanc, Pinot Gris et Chardonnay. Un rosé sec confirme le succès de ce type de vin. Enfin la « Cuvée N°1 » est un rouge d’assemblage issu d’une récolte réalisée à la main sur un certain nombre de pieds sélectionnés. En termes d’image, le domaine Zvonko Bogdan est très en pointe. A commencer par son nom qui est en fait celui d’un chanteur serbe très connu qui parraine en quelque sorte cette « vinarija ». Originales aussi les étiquettes de la gamme Premium toutes signées de l’artiste peintre Eugen III Kocis.

Le patrimoine viticole préservé

Toujours au Nord de Belgrade mais près cette fois de Novi Sad, la deuxième ville de Serbie, les membres de l’A.S.I. ont apprécié des paysages plus vallonnés et, surtout, ils ont tutoyé l’histoire de la viticulture serbe. S’il semble marqué par des décennies d’activités, un bâtiment coopératif datant de 1930 abrite la cave de vieillissement de la winery Kovacevic. Une famille dont Miroslav est le représentant de la troisième génération de vignerons, celle qui a aménagé la partie technique, la cuverie en particulier, dans une annexe. D’un effervescent à base de 85 % de Chardonnay et 15 % de Riesling du Rhin, aux cuvées les plus prestigieuses, « Chardonnay Barrique » et « Aurelius », les délégations ont pu apprécier le caractère des vins de cette région.
 

Winery Kovacevic

Au Sud de la capitale serbe, l’histoire était encore au rendez-vous. A Topola, la visite de l’église Saint-George avec ses 3 500 m² de mosaïque en verre de Murano, puis celle du pavillon de chasse de Pierre Ier de Serbie a passionné. Tout comme la visite de la cave Pik Oplenac bercée de chants folkloriques. Un domaine qui fête cette année son 60e anniversaire alors que sa privatisation ne date que de 2014. Il faut dire que les événements qui ont marqué la deuxième moitié des années 1990 ont laissé des traces dans l’activité viticole. Seuls le temps et de nouveaux investissements ont permis une relance fructueuse qui se traduit aujourd’hui par la présence sur le marché de vins d’une grande finesse à l’image du « 100 % Muscat Otonel » ou de la cuvée « Tron » à base de Cabernet Sauvignon.

Pas de plantations au hasard

On l’a donc compris, pour trouver leur place sur le marché du vin du 21e siècle, les exploitations serbes ne peuvent subir les événements. Elles puisent donc une énergie nouvelle dans le développement d’une vraie politique œnotouristique. Savoir accueillir et mettre en valeur le patrimoine viticole se ressent dès l’arrivée au domaine Aleksandrovic où la sculpture d’une grappe énorme est un point de repère tout près de Topola. Ici, on exploite 75 hectares de vignes. « Les vignobles sont regroupés à trois endroits qui sont caractérisés par différents micro-climats et types de sol. Ces emplacements sont connus comme des points utilisés pour la viticulture depuis les temps anciens. En utilisant notre propre expérience, nous avons stratégiquement planté différentes variétés aux endroits où elles peuvent obtenir les meilleurs résultats. A Vinca, à proximité de la cave, nous avons planté du Sauvignon Blanc. Sur la colline Ježevac on trouve Cabernet Sauvignon, Merlot, Muscat de Hambourg et Chardonnay. Enfin, sur la colline Bokanja où le roi Alexandre Ier avait prévu de planter ses propres vignobles, nous avons planté Pinot Noir, Riesling du Rhin et Sauvignon Blanc. »

Ce qu’il faut pour constituer une gamme très large dont « Trijumf gold » (assemblage de Sauvignon Blanc, Riesling du Rhin et Pinot Blanc) et « Trijumf noir » (100 % Pinot Noir) sont tout particulièrement séduisants.

Un spécialiste du Cabernet Sauvignon

Séducteur, Mija Radovanovic l’est également. Son domaine, le Podrum Radovanovic, se situe à Krnjevo et lui est considéré comme le spécialiste du Cabernet Sauvignon en Serbie. Les vignes, une trentaine d’hectares, profitent d’un paysage vallonné et des meilleures expositions.

Œnologue de formation, il a profité de l’expérience acquise au sein de la viticulture d’état avant de créer son propre domaine au début des années 1990. Convaincu que le caractère de chaque vin est le résultat d’une diversité considérable, fruit du climat et de la géologie, cet homme au regard perçant apporte un soin important pour préserver les spécificités de chacun.

Il a donc réalisé des investissements conséquents d’un bout à l’autre de la chaîne de production pour offrir une expression très typée des différents cépages. En sous-sol, le vaste chai de vinification et de vieillissement fait la part belle aux fûts de chêne. Ils apportent une sorte de signature aux cuvées d’un homme qui explique sa relation avec la vigne et le vin. « Le vin est une histoire sans fin où l’intrigue est créée par nous, alors que le dénouement est façonné exclusivement par le temps. Concernant la qualité de mes vins, je sais que ce n’est pas ultime car il peut toujours s’améliorer. Le progrès est mon défi permanent. Donc, mon histoire du vin n’a pas de fin... »

Mais avec les cuvées « Classique » et « Réserve » qui célèbrent toutes deux la personnalité et la finesse du Cabernet Sauvignon, l’homme a su cependant positionner des vins reconnus sur le marché international. Et pour finir d’en convaincre ses visiteurs, il leur a proposé de les mettre en scène au cours d’un dîner.
 

Mija Radovanovic, Domaine Podrum Radovanovic et sa cave.

Un héritier très bordelais

Ce que retiendront également les délégués de l’A.S.I., c’est la personnalité et le talent exprimés par Milorad Cilic qui exploite le domaine Cilic. S’il approche la quarantaine, il est encore un jeune vigneron qui s’est affirmé dans le sillage de son père, Zoran. Un œnologue de tout premier plan qui, pendant quarante ans, a siégé sans discontinuer au sein de la commission d’état d’évaluation des vins et a su partager son savoir. Un savoir que Milorad, le représentant de la huitième génération à évoluer dans ce milieu, a su faire fructifier en partant à la découverte des méthodes de travail de la vigne et d’élaboration du vin en France, Argentine, Chili et aux Etats-Unis.

Il en est revenu très inspiré à tous les niveaux, faisant preuve d’un savoir-faire salué en matière de vinification où il alterne vins de cépage et d’assemblage, de marketing et d’accueil dans une structure parfaitement conçue de la réception des raisins à celle... des visiteurs. Son domaine qui compte désormais 20 ha a été composé à partir de 136 parcelles majoritairement situées autour de Jagodina. Et s’il a donné la priorité aux cépages bordelais – Milorad a d’ailleurs été invité a être membre du jury au concours Les Citadelles du Vin –, il affirme aussi un réel intérêt pour le Pinot Noir.

Bien accueillir pour mieux conquérir

A quelques centaines de mètres de là, toujours posé entre les vignes au sommet d’une colline, la dernière visite a permis de découvrir le domaine Temet. Achevée de construire en 2013 et beau travail d’architecte, la cave n’est pas seulement aménagée pour rendre le travail le plus fluide possible, elle est également un atout œnotouristique.

Il faut dire qu’ici tout est allé très vite. La majorité des vignes ont été plantées en 2009 et dès lors le propriétaire, Aleksic Nebojsa, a déployé de réels efforts pour que la qualité de ses cuvées attirent sur Temet le regard des spécialistes.

Son intérêt pour le vin, il le doit notamment à un séjour en France, dans le cadre de ses études. Et sa curiosité le pousse à réaliser des assemblages qui rapproche les deux pays à l’image de la cuvée « Tri Morave Crveno » qui associe Prokupac et Merlot et côtoie la cuvée « Tri Morave Belo », fruit de cépages totalement indigènes que sont le Mederevka, le Tamjanika et le Morava. Et à Temet, comme partout ailleurs, on surfe sur l’attrait du rosé auprès de la clientèle internationale. C’est avec l’union de la Syrah et du Cabernet Sauvignon qu’il signe la cuvée tout simplement baptisée « Rose ».

Au-delà du charme du lieu, les délégués ont également apprécié la visite de la partie technique qui témoigne de l’importance des investissements réalisés. L’alignement des cuves inox de vinification répondant à celui des fûts de chêne originaires de France et de Serbie qui apportent une signature à une production annuelle d’environ 100.000 litres destinés essentiellement à l’exportation.
 

Au centre, Aleksic Nebojsa du Domaine Temet.

Les délégués de l’A.S.I. ont compris aussi que la générosité de la terre, la confluence des climats méditerranéen et continental et l’esprit d’entreprise d’investisseurs passionnés ou d’héritiers inspirés par des séjours à l’étranger, constituent autant d’atouts dans cette partie de l’Europe. Mais le plus compliqué pour ces vignerons est encore de parvenir à franchir les frontières afin de trouver de nouveaux marchés. La qualité étant là, comme les membres de l’A.S.I. l’ont aisément constaté, cette bataille de l’export ne sera sans doute pas si difficile que cela à remporter.

Jean Bernard