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Un vent de liberté souffle sur le Château Maugey

09/08
Vignerons

Vigneron Bordeaux

Un vent de liberté souffle sur le Château Maugey« Rien n’est meilleur que l’agriculture, rien n’est plus digne d’un homme libre. Elle suffit amplement aux besoins de notre vie » *Tout est dit dans cette sentence rédigée en 1908 par l’apôtre québécois de l’attachement à la terre… C’est que Jean-Marc Maugey, propriétaire à Arveyres (33), est l’un de ces personnages qui, sous une fausse humilité d’autodidacte, vous assène le plus naturellement du monde une sagesse toute paysanne, issue d’années de travail de la vigne et d’ouverture aux autres. La générosité au cœur, la convivialité en plus.


*Damase Potvin dans son ouvrage
« Restons chez nous ».

Maugey

C’est un viticulteur dans la tourmente qui s’exprime aujourd’hui. Les vicissitudes de l’appellation et les critères gustatifs du moment risquent d’avoir raison de ce domaine de 20 hectares exploité en bio depuis 1970 dans le plus grand respect du consommateur. Zoom sur un résistant du vignoble bordelais qui depuis plusieurs années déjà, interpelle sur les dangers de l’uniformisation du monde vitivinicole et sur la survie des petits producteurs… Rendant hommage aux valeurs du passé qui ont fait la grandeur des vins de Bordeaux, Jean-Marc Maugey, citant Alain Marty (auteur de « Ils vont tuer le vin français », éd. Ramsay, 2004), en appelle à la reconnaissance de l’existence pour les vins nobles, originaux, authentiques, en un mot : de caractère.

Le bio, un thème à la mode ?

Jean-Marc Maugey n’a pas attendu l’avènement relatif de la viticulture biologique pour placer très haut ses critères de production ! Pour lui, le vin,

c’est la vie ; un aliment qui, pour délivrer ses bienfaits, doit impérativement être constitué de cellules bien vivantes issues de sols sains. Une évidence ? Pas si l’on en juge par les surfaces cultivées en France et par les convictions réelles qui sous-tendent l’action des producteurs. « C’est un état d’esprit qui doit guider tant nos modes de vie que notre alimentation, notre amour de la nature et notre respect des autres », affirme cet ancien biodynamiste.

Et il le prouve : pour la totalité de ses vins (le vin de table, le Vin de la liberté, le Château Busqueyron et le Château Maugey, tous deux déclinés en rouge et en blanc), aucune utilisation d’acide ascorbique ou sorbique n’est permise. Armé d’une simple bouillie bordelaise, il produit pourtant des vins exceptionnels, soyeux et de grand caractère, qui vous marquent dès la première gorgée par leur personnalité minérale et révèlent sans ambages la saveur des fruits naturellement préservés.

Une logique à bout de souffle

Pour autant, on le sait, la culture bio suppose d’accepter un prix de revient plus élevé, des rendements inférieurs et de laisser les fruits à leur qualité

de base ; authentiques, non enrichis, ils reflètent sans détour ce que leur ont donné le climat et le terroir. Une franchise de caractère qui s’allie difficilement aux exigences de l’INAO et de la Maison de la Qualité, dont les standards traquent la dureté, l’herbacé, le végétal, les caractères asséchants…. Deux perceptions de la qualité qui parfois s’opposent…

« Le palais des gens s’est modifié », estime Jean-Marc Maugey. Sous l’effet de certaines notations, de certaines pratiques aussi, « l’œnologie a évolué trop vite », déplore t-il. Dans un univers gustatif standardisé, quelle place pour un vin qui sent la terre et le sous-bois ?

Seul contre tous ?

Jean-Marc Maugey est membre du CIVAM Bio 33, centre d’initiatives pour la valorisation de l’agriculture et du milieu rural. L’histoire de son domaine est récente : après avoir repris l’activité familiale en 1987, il a créé en 1996 le Château Maugey sous l’influence de Hardy Rodenstock, le célèbre et extravagant collectionneur allemand de vins. C’est à l’occasion des grandes dégustations organisées par ce dernier que Jean-Marc Maugey a approché des Margaux de 1900, des Château Latour de 1965 ou encore des Château Lafitte… « Ces bouteilles rarissimes étaient magiques », se remémore Jean-Marc Maugey.

Depuis, il se donne pour objectif de produire des vins de longue garde, potentiellement centenaires, élaborés comme ils l’étaient au début du siècle.
Se sent-il un OVNI dans le paysage vinicole français ? «Le vin est un art de vivre, il doit inspirer la confiance, refléter le respect des autres ; je sou­haite faire des vins qui s’expriment», répond-il simplement. Et le viticulteur obstiné de vous le prouver en organisant immédiatement une dégustation verticale !Maugey

Démonstration verticale

Château Busqueyron blanc 2007 (85% Sémillon, 15% Sauvignon gris) :

Un nez floral, printanier ; une robe limpide aux reflets jaunes. Des notes d’ananas, d’abricot sec et de violette. L’attaque est grasse, liée à des notes de fruits généreux en passant par l’abricot sec et l’ananas mûr. Il laisse apparaître une minéralisation par une finition citronnée. Un joli vin classique qui accompagne le poisson grillé.

Château Maugey 1997 :

Une robe magnifique ; des notes de prune cuite allant vers le pruneau. Arômes de café et de cacao ;

un vin très féminin, dans son apogée.

Château Busqueyron 2007 :

Notes de caramel, de banane, de fruits rouges. Les fruits ont été copeautés après la vinification.

Un vin soyeux et facile à boire.

Château Maugey 2000 :

Un grand millésime ; très riche en polyphénols, vinifié avec 100% de rafle, élevé trois hivers en barriques neuves ; n’a subi aucune filtration, aucun collage ; un accord nez-bouche excellent ; un vin séduisant qui pourra encore attendre 10-15 ans.

Château Maugey 1999 :

A obtenu la même note que château Pétrus dans le Wine Spectator, selon son auteur. Le stock est épuisé.

Château Maugey 2003 :
Charpenté. Arômes de cacao, de café, de kirsch ; très structuré et complexe, il peut vieillir jusque 2050.

Lorsqu’il s’agit de commenter ses vins, l’homme devient intarissable ! Tout comme son imagination n’a pas de bornes lorsqu’il s’agit d’expérimenter. Ces deux dernières années, il a souhaité produire des vins blancs liquoreux de l’Entre-deux-Mers, travaillés uniquement avec le temps, sans sorbate de potassium.

Le millésime 2006 présente des notes de beurre, d’acacia, de vanille, de miel et même de mangue

et de litchi. « Nous avons dépassé 500 g/litre de sucre en vendanges ! », explique t-il.

L’avenir à court terme

Face à la tourmente, les projections sont suspendues, et les objectifs modestes. Jean-Marc Maugey vient

de à lancer le Vin de la liberté, mélange de Château Busqueyron et de Château Maugey, cuvée unique sur le millésime 2006 qu’il commercialisera lui-même auprès de sa clientèle fidèle :

cavistes (notamment au Pays Basque) et particuliers.

Armand Denizot, l’un de ses amis étudiant à l’IPC de Bordeaux et gérant d’un établissement à Bordeaux, conclut : « Jean-Marc, c’est un alchimiste. Ses vins sont à son image, doux, aimables. Ils apaisent, détendent. Leur dégustation mérite de la liberté ». Et le droit d’exister, assurément.
CFN

“Le palais des gens s’est modifié... l’œnologie a évolué trop vite”

Maugey

Jean-Marc Maugey

Viticulteur agrobiologiste
33500 Arveyres
Tél. 05 57 51 22 00
Port.06 15 18 46 95

Fax. 05 57 51 22 55

http://www.chateau-maugey.com/

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