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C’est un viticulteur dans la tourmente qui s’exprime aujourd’hui.
Les vicissitudes de l’appellation et les critères gustatifs du moment
risquent d’avoir raison de ce domaine de 20 hectares exploité en bio
depuis 1970 dans le plus grand respect du consommateur. Zoom sur un
résistant du vignoble bordelais qui depuis plusieurs années déjà,
interpelle sur les dangers de l’uniformisation du monde vitivinicole et
sur la survie des petits producteurs… Rendant hommage aux valeurs du
passé qui ont fait la grandeur des vins de Bordeaux, Jean-Marc Maugey,
citant Alain Marty (auteur de « Ils vont tuer le vin français », éd.
Ramsay, 2004), en appelle à la reconnaissance de l’existence pour les
vins nobles, originaux, authentiques, en un mot : de caractère.
Le bio, un thème à la mode ?
Jean-Marc
Maugey n’a pas attendu l’avènement relatif de la viticulture biologique
pour placer très haut ses critères de production ! Pour lui, le vin,
c’est la vie ; un aliment qui, pour délivrer ses bienfaits, doit
impérativement être constitué de cellules bien vivantes issues de sols
sains. Une évidence ? Pas si l’on en juge par les surfaces cultivées en
France et par les convictions réelles qui sous-tendent l’action des
producteurs. « C’est un état d’esprit
qui doit guider tant nos modes de
vie que notre alimentation, notre amour de la nature et notre respect
des autres », affirme cet ancien biodynamiste.
Et il le prouve : pour
la totalité de ses vins (le vin de table, le Vin de la liberté, le
Château Busqueyron et le Château Maugey, tous deux déclinés en rouge et
en blanc), aucune utilisation d’acide ascorbique ou sorbique n’est
permise. Armé d’une simple bouillie bordelaise, il produit pourtant des
vins exceptionnels, soyeux et de grand caractère, qui vous marquent dès
la première gorgée par leur personnalité minérale et révèlent sans
ambages la saveur des fruits naturellement préservés.
Une logique à bout de souffle
Pour autant, on le sait, la
culture bio suppose d’accepter un prix de revient plus élevé, des
rendements inférieurs et de laisser les fruits à leur qualité
de base ;
authentiques, non enrichis, ils reflètent sans détour ce que leur ont
donné le climat et le terroir. Une franchise de caractère qui s’allie
difficilement aux exigences de l’INAO et de la Maison de la Qualité,
dont les standards traquent la dureté, l’herbacé, le végétal, les
caractères asséchants…. Deux perceptions de la qualité qui parfois
s’opposent…
« Le palais des gens s’est modifié », estime Jean-Marc Maugey. Sous
l’effet de certaines notations, de certaines pratiques aussi, «
l’œnologie a évolué trop vite », déplore t-il. Dans un univers gustatif
standardisé, quelle place pour un vin qui sent la terre et le sous-bois
?
Seul contre tous ?
Jean-Marc Maugey est membre du CIVAM Bio 33, centre d’initiatives pour
la valorisation de l’agriculture et du milieu rural. L’histoire de son
domaine
est récente : après avoir repris l’activité familiale en 1987,
il a créé en 1996 le Château Maugey sous l’influence de Hardy
Rodenstock, le célèbre et extravagant collectionneur allemand de vins.
C’est à l’occasion des grandes dégustations organisées par ce dernier
que Jean-Marc Maugey a approché des Margaux de 1900, des Château Latour
de 1965 ou encore des Château Lafitte… « Ces bouteilles rarissimes
étaient magiques », se remémore Jean-Marc Maugey.
Depuis, il se donne pour objectif de produire des vins de longue garde,
potentiellement centenaires, élaborés comme ils l’étaient au début du
siècle. Se sent-il un OVNI dans le paysage vinicole français ? «Le vin est un
art de vivre, il doit inspirer la confiance, refléter le respect des
autres ; je souhaite faire des vins qui s’expriment», répond-il
simplement. Et le viticulteur obstiné de vous le prouver en organisant
immédiatement une dégustation verticale ! |