Quatre siècles d’histoire en terre de Pomerol
Nous sommes dans le Libournais, sur la partie située la plus à l’ouest
de l’aire d’appellation. Sur le lieudit les Annereaux - qui doit son
nom à la famille habitant autrefois le hameau – se dresse l’imposant
château des Annereaux, dont l’histoire remonte au XVIème siècle. En témoignent les inscriptions gravées sur sa façade rose, annonçant
fièrement les illustres prédécesseurs de la famille Hessel : les
Soehnée, Malescot et Ponsot, aïeuls des propriétaires, acquirent en
leur temps leurs lettres de noblesse, parfois dans quelques domaines
détournés. Vingt générations, riches en fortes personnalités, se sont
succédées sur le domaine devenu au fil du temps l’une des références
incontournables de l’appellation. Ainsi, peu après la Révolution,
Charles-Frédéric Soehnée s’illustra dans la peinture surréaliste,
commettant quelques aquarelles aujourd’hui honorablement cotées que
l’on peut pour certaines redécouvrir au Louvre. Elève de Girodet, il
marqua par son travail d’une année, en 1918, l’histoire de la peinture
avant de se tourner vers une carrière d’industriel au service des
artistes peintres (il fut l’inventeur du vernis Soehnée). Au début du
19ème siècle, Jean-Michel Soehnée fut, lui, censeur de la Banque de
France à Paris. Déjà l’esprit d’entreprise régnait sur les membres de
la famille, dont les portraits trônent aujourd’hui encore dans le salon
du château au milieu des photographies des petits-enfants… Plus tard, lorsque l’épidémie de phylloxéra sévit sur le vignoble
bordelais, Mme Veuve Caroline Ponsot publia en 1891 le fruit de ses
recherches dans un ouvrage dédié à son expérience de la culture des
vignes américaines. Cette femme moderne n’était autre que l’arrière
arrière grand-mère de Dominique Hessel, et c’est elle qui eut à cœur,
avec son fils Armand Ponsot – lequel avait renoncé à intégrer
Polytechnique pour diriger son domaine – de laisser ce patrimoine
viticole à la descendance familiale. La crise du phylloxera surpassée,
l’aïeule se consacra au développement du domaine, laissant Armand
Ponsot moderniser le château, procéder au remembrement du vignoble de
35 hectares et rénover les installations de production, les remettant
quasiment en l’état où elles se trouvaient en 2004.
C’est alors qu’à l’issue de ces grandes réformes, le contexte
économique post-guerre mondiale rendit les affaires difficiles,
contraignant la famille à l’arrachage de pieds de vigne sous
l’encouragement des primes gouvernementales. En 1956, la vigne était
remplacée au profit de l’élevage de bétail et de l’agriculture. Pour
faire face, il fallait se résoudre à aliéner le domaine. Plusieurs
tentatives de vente ayant échoué faute d’accord (la mairie de Libourne
souhaitait notamment dans les années 60 y installer son école
d’agriculture), il fut convenu de céder la moitié du domaine à M.
Milhade, un négociant viticulteur qui remit le vignoble en état dans
les années 1970.
Lorsque ses héritiers proposèrent à Dominique Hessel de racheter leur
part d’indivision en 2004, celui-ci n’hésita pas à s’investir
complètement pour écrire une nouvelle page de l’histoire du château
réunifié. Une revanche qui lui tenait à cœur avec en tête un projet
bien précis : produire des vins de qualité dans le plus grand respect
de l’environnement.
Quand la valeur des vins n’attend pas le nombre des années…
Si Dominique Hessel se présente lui-même comme un homme extrêmement
classique (en citant par exemple son choix de conserver l’étiquette
datant de 1920), c’est sans doute pour introduire le fait que ses vins,
conformes à son image, le sont tout autant. Il les veut agréables,
gourmands, mais se refuse à céder à une certaine mode de la grande
extraction, du boisé excessif. « Je souhaite préserver le fruité, le
côté agréable du Merlot, tout en faisant des vins de garde », confirme
t-il. Pas de concentration excessive donc, un boisé maîtrisé, un retour
au goût d’origine, bref des vins sincères et légers, qui ne saturent
pas le palais et savent développer, au fil d’un repas, toute leur
sensibilité et leur finesse. Sur ce terroir constitué de sable, de graviers et de galets, dont les
vins sont renommés pour leur finesse et leur rondeur, le château des
Annereaux bénéficie d’un vignoble à maturité, l’âge moyen des pieds de
vigne étant de plus de 25 ans. Le Merlot y est le cépage dominant. Dès la reprise, Dominique Hessel a conduit le vignoble en lutte
raisonnée, pour laquelle il est certifié depuis 2005. Très vite, il
s’est orienté vers la culture biologique, fort de ses expériences à
Moulis dans le Médoc, où il possède le Château Moulin-à-Vent. Le
travail ne l’effraie pas et les premiers résultats de 2007 ne le
décevront pas. « Une fois l’étape la plus difficile franchie (celle de
l’abandon du désherbage et de la réduction des traitements chimiques)
il est logique de s’engager en conversion biologique », dit-il.
Sa
philosophie est simple : intervenir sur la plante en un minimum de
traitements, développer les qualités du terroir et des cépages sans
faire des vins de compétition. Ce spécialiste en viticulture a toujours
usé fort prudemment des produits phytosanitaires, qu’il connaît bien
pour avoir débuté sa carrière d’ingénieur agronome dans l’industrie de
la phytopharmacie.
L’avenir enfin assuré
Sa mère faisait partie des membres fondateurs des Baillis de Lalande de
Pomerol, l’une des confréries les plus actives du Bordelais. Dominique
Hessel, lui, appartient à deux cercles : le Club des vignerons
lauréats, un club national qui se réunit chaque année en novembre à
Paris, et Assemblage en Bordeaux, association qui œuvre pour le respect
du terroir. Un thème cher au cœur de Dominique Hessel, on le sait,
lequel ne manque ni les primeurs ni les dégustations. Après s’être investi durant des années dans les responsabilités
syndicales, lorsqu’il fut durant douze ans le Président du Conseil des
vins du Médoc puis pendant sept ans Président du Syndicat des crus
bourgeois du Médoc, Dominique Hessel se recentre désormais sur la
conduite de son domaine. La commercialisation est bien consolidée : via le négoce bordelais, 70
à 80% de la production est diffusée à l’export. La bouteille à la
capsule rose s’est fait une place remarquée, assurant la notoriété du
cru. Son vignoble réunifié, c’est un homme heureux : heureux d’être un
maillon de plus dans cette longue histoire, de prendre part à sa
continuité ; heureux aussi d’être en mesure de laisser plus tard un
vignoble viable à ses propres enfants, si par bonheur il leur venait
l’envie d’en prendre la suite…
Christelle Faure-Némery
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Château des Annereaux 33500 Lalande de Pomerol Tél. : 05 57 51 03 01 ou 05 56 58 15 79 Fax : 05 56 58 39 89 E-mail www.annereaux.com
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