Un chevalier servant au chevet d’Yquem...
2005, et
vingt-cinq ans plus tard… Bernard ARNAULT, auquel les crus les plus
prestigieux ne résistent pas, place la barre de la confiance encore
plus haut, mettant Pierre Lurton au défi de réconcilier les
consommateurs avec le joyau du Sauternais, le très illustre «Château
d’YQUEM”. Propriété antique, admirablement régentée par la lignée
des “LUR-SALUCES”, le Château d’YQUEM méritait qu’on se pencha sinon
passionnément sur lui, du moins avec toute la noblesse due à son rang. “Tant de beauté pétrifie ! il faut avant tout la contempler” ; ne pas se laisser complètement gagné par l’âme d’Yquem ; découvrir le
vin sans être influencé par le discours de son élaboration et, sage
démarche, déguster pour percevoir, vierge d’a priori, les qualités
pures du nectar ; apprécier alors le luxe providentiel que confère un
regard novice.
Guidé par un sens très personnel de
l’idéal, Pierre Lurton s’immerge dans les archives et la culture du
cru, s’en imprègne, observe, puis, sans prétendre faire assaut de zèle,
saisit les points de détails perfectibles.
La qualité commence quand la comparaison s’arrête...
Pierre Lurton : “Faire de l’Yquem, c’est une
course d’élan à la maturité. Or, la singularité de l’aire d’Appellation
Sauternes reste l’homologation du Botrytis entraînant, par peur d’un
manque de récolte, certaines dérives dues à un effeuillage trop tardif,
ou à de la pourriture grise… De même, à trop vouloir atteindre la
perfection, ne s’écarte-t-on pas de l’authenticité?" D’introspections en investigations sur des parcelles dédiées, il
semblerait qu’anticiper certaines façons sur le vignoble, offrirait une
lisibilité plus intéressante du travail.
Pierre Lurton : “On
ne détient pas la vérité dans ce genre de crus ; le plus grand progrès
que l’on puisse accomplir, c’est d’aller encore plus loin dans notre
démarche viticole de qualité, puisque nous sommes dans un écosystème
exceptionnel ; rares sont les endroits sur cette terre, combinant si
intimement “terroir et climatologie” et dont découlent une maturité
aussi subtile… Je me suis rendu compte qu’ôter des baies se chevauchant
à certains moments de l’année, favorisait une meilleure homogénéité de
botrytisation et permettait une récolte plus abondante, dénuée de
sous-pourriture, puisque mieux aérée. Ce geste supplémentaire suffit
déjà à faciliter les tris”.
Par touches
infinitésimales, on tente donc ici de trouver un nouveau souffle pour
YQUEM, de gommer un certain confort intellectuel sans pour autant
renier le travail traditionnel et séculaire des générations
antérieures. D’autant que demeurera une éternelle inconnue, propre à
l’A.O.C. de Sauternes : la volonté bienveillante de notre “fée nature”
à encourager le développement de la pourriture noble !
Pierre Lurton : “YQUEM
est un diamant auquel il faut préserver toute sa pureté, un éclat
naturel intact, sans la moindre dérive aromatique, qu’il soit fin,
fruité, frais – atout majeur – pour un Sauternes… L’appellation,
économiquement faible, a été quelque peu décriée, pourtant si les
propriétaires s’inscrivaient dans des règles déontologiques précises,
sans déviation ni chaptalisation, peut-être retrouverait-elle une
certaine crédibilité. Le Sauternes, par sa grande complexité aromatique
appelle des cuisines d’horizons très différents (Asie, Inde, Italie) ;
je m’ingénie, car “la tradition est d’une obstination implacable”, à
travailler d’inédites alliances, tenant compte de surcroît, de
l’ancienneté des millésimes. L’empirisme a fait de bonnes choses,
mais il faut rompre avec certaines habitudes, les gens se rassurent
avec des pratiques que l’on a toujours utilisées, mais la viticulture
peut encore faire des progrès ! J’ai testé, par exemple, deux méthodes
de mutage (à froid, comme généralisée sur l’appellation, et à chaud)
sur des parcelles identiques ; je me figurais que le mutage à froid
provoquait une hyper-oxygénation, provoquant un affaiblissement des
vertus aromatiques… Mon instinct ne m’a pas trompé, réaliser un mutage
à chaud, nous a permis de dégager les arômes typiques des Sauternes,
notamment d’agrumes, de raisins secs mais aussi des notes plus subtiles
de tilleul…”
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Château Cheval Blanc
Château Cheval Blanc 1er Cru classé A de Saint-Emilion Le Petit Cheval Second vin de Cheval Blanc
Château D’yquem
Château d’Yquem 1er Cru Supérieur “Y” Second vin du Château d’Yquem
Cheval des Andes
Château Marjosse
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Pour Pierre Lurton, la qualité pour ainsi dire : “C’est
un ensemble de petites observations qui, ajoutées les unes aux autres,
permet de retrouver l’exubérance, le charme d’un vin ; encore une fois,
à vouloir faire trop parfait, ne vend-on pas l’âme d’un cru, ne lui
ôte-t-on pas toute velléité de séduction ?”
Nombre
de très grands dégustateurs professionnels distinguent déjà des
différences sensibles sur le millésime 2004 du Château d’YQUEM et
s’accordent à lui trouver un nez superbe de pureté aromatique,
botrytisé à souhait. Le nectar exprime une très belle fraîcheur en
bouche ; on le dit pulpeux, puissant et aérien à la fois, sans aucune
trace de bois, on pousse même la critique jusqu’à lui pressentir une
toute nouvelle expression : fraîche, vaporeuse, originale, racée… Ayons bien en mémoire ; par et pour le vin, dont “l’histoire est la plus belle de l’humanité”… Le talent, la prudence et la sagesse de viticulteurs ingénieux
rejoignent l’émerveillement des amateurs qui perpétuent les cultes de
la vie… Affaire à suivre !
Anne-Marie Nouaille
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