Exportation  France

 

 

Quelle place pour les vins français sur le marché mondial ?

 

 

Le marché du vin, on le sait, est en pleine mutation. Depuis plus de dix ans, les échanges de vins Sud-Nord sont plus soutenus que les échanges entre pays du Nord (Europe, Royaume-Uni, Japon et Russie). Désormais, le consommateur dicte sa loi, impose son goût…
Près du tiers de la production française viticole est exportée. Dans le marché mondialisé, place à l’innovation ! Et c’est l’ensemble de la filière viticole française qui se penche sur des stratégies adaptées aux exigences des marchés.

Tableau : Les exportations francaises de vins par zone géographique

 

La part de chaque zone géographique dans les exportations françaises

 

(1) Maroc, Cameroun, Gabon, Nigéria Afrique du Sud, Côte d’Ivoire, Togo, Seychelles, Congo, Sénégal, Burkina, Angola, Zaïre, Guinée, Maurice.
(2) Taïwan, Singapour, Japon, Hong Kong, Corée du Sud, Chine, Thaïlande, Inde, Malaysie, Vietnam, Laos, Indonésie, Kazakhstan, Philippines,
(3) Brésil, Vénézuela, Colombie, Barbade, Uruguay, Jamaïque
(4) Mexique, Etats-Unis, Canada, Panama
(5) Portuga, Iltalie, Grèce, Espagne, Chypre, Andorre, Malte
(6) Russie, République Tchèque, Pologne, Lituanie, Lettonie, Ukraine, Estonie, Bulgarie, Moldavie, Slovaquie, Roumanie, Hongrie, Croatie.
(7) Liban, Emirats Arabes-Unis, Egypte, Catar, Israël, Turquie, Bahrein
(8) Australie, Nouvelle-Zélande
(9) Danemark, Finlande, Suède, Norvège.

 

Dans un contexte fortement concurrentiel, la France continue de perdre des parts de marché

C’est un fait, sur le plan international, la consommation de vin continue de progresser. Selon une étude réalisée pour Vinexpo en juin 2007, le marché mondial devrait progresser de 9,4% en valeur de 2005 à 2010 pour s’établir à 90 milliards d’euros. Sur dix ans, de 2001 à 2010, la croissance moyenne serait proche de 1,5 milliard d’euros par an(1). Le Sénat(2) rappelait récemment la tendance à la baisse de la consommation dans les pays à tradition vinicole du sud de l’Europe (Espagne, France, Italie) et une hausse dans les pays non producteurs d’Europe du Nord (Grande-Bretagne, pays nordiques, Pays-Bas). Quant au marché asiatique, il génère des espoirs importants mais encore incertains dans leur ampleur exacte. Cependant, la croissance des flux internationaux de vin ne profite pas à la France, qui régressait tandis que l’Australie et l’Afrique du Sud atteignaient le quart des exportations mondiales en 2005, stimulées par l’absence de débouchés significatifs sur leur marché intérieur.

 

Malgré un déclin certain, l’Europe reste le premier continent consommateur de vins, tandis que la demande progresse aux Etats-Unis (20% de la consommation mondiale), en Asie (7%)- essentiellement en Chine et en Inde, parmi les couches aisées - et en Nouvelle-Zélande. Comme sur le marché français, on constate une croissance de l’offre des pays producteurs en vins de qualité destinés à une consommation occasionnelle.

Face à de telles perspectives, le commerce extérieur des vins français accuse le coup : de 70% des parts de marché il y a dix ans, elle passait à 45% en 2005. Une remise en cause s’est imposée, face à la victoire des vins étrangers réputés faciles à déguster. Le groupe des six pays nouvellement exportateurs (Argentine, Chili, Afrique du Sud, Australie, Nouvelle-Zélande et Etats-Unis) continue, lui, sa progression, avec 25,5% des échanges en 2005.

Tableau : Le solde du commerce extérieur des vins

 

Commerce extérieur des vins - Année civile 2006 

 

 

Marketing offensif contre politiques publiques défensives

Les industriels et grands producteurs dits du « Nouveau monde » recherchent les économies d’échelle et la distribution la plus large possible, visant un positionnement au meilleur prix dans un contexte de surproduction. S’appuyant sur les enquêtes de consommation, ils s’imprègnent des nouvelles tendances, analysant les attentes sensorielles de leur clientèle en fonction de la zone géographique du monde où elle se situe. Sophistication des produits, segmentation des politiques de marketing, développement sur les marchés de l’hôtellerie et de la restauration, investissements dans les relations clients, ajustement de la production à la demande… constituent les axes sur lesquels portent leurs efforts. L’Australie a ainsi concentré d’importants moyens commerciaux sur cinq ou six marques.
Face à ces politiques commerciales, la France ne peut s’épargner une révision de ses budgets de communication et une réflexion sur ses vins d’entrée de gamme. Et doit segmenter le marché pour faire coexister le système industriel et la multitude de petites entreprises viticoles, incapables de rivaliser avec la puissance de vente des grands groupes étrangers…

La France axe sa stratégie sur la restructuration de la filière viticole : simplification des classifications (passage des AOVDQS en AOC ou en vins de pays), nouvelles méthodes de fabrication (utilisation de copeaux de bois autorisée par la réglementation européenne, généralisation des techniques de désalcoolisation, enrichis­sement par les moûts…), ou encore simplification des 450 AOC, peu lisibles pour le consommateur étranger. Des mesures guidées par la réforme de la PAC au niveau européen et destinées à soutenir les viticulteurs français durement touchés par la crise depuis 2001.

 

Des exercices 2006 et 2007 encourageants pour les exportations françaises de vins

Premier pays au monde avec 20% de la production, la France a régressé de la place de premier exportateur à la troisième position mondiale pour les volumes exportés(3).
Sur l’exercice 2006, en valeur, les expéditions de vin ont connu une hausse de 9,9% grâce à la constance des vins VQPRD tranquilles et des champagnes, qui compensent les moins bonnes performances des vins de pays et de table. Au niveau des débouchés à l’export, les Etats-Unis (surtout importateurs de vins d’appellation et de pays), le Japon, les Pays-Bas, le Canada et Singapour demeurent bien placés. En 2006, les expéditions de vins français à l’étranger ont connu une reprise en valeur comme en volume (+8,3% d’après Ubifrance, l’Agence française pour le développement international des entreprises). En valeur, les trois premiers pays clients réalisaient 47,3% du chiffre d’affaires total de nos exportations, tandis que l’Union européenne concentrait toujours 68% des volumes commercialisés hors de France et 55% des valeurs(4). Le marché européen reste donc la destination des deux tiers des vins français exportés. Cependant, la part de l’Union européenne accuse un recul, perdant 3,6 points en 2006 en volume comme en valeur.
Concernant les débouchés à l’export, le Royaume-Uni est le premier client de la France, en valeur comme en volume, devant l’Amérique du Nord qui concentre 21% de la valeur des exportations et l’Asie(5) (11,8%) . Arrivent ensuite le Canada, le Japon et la Russie. A noter que Singapour entre dans le top 10 en valeur, mais sur des volumes encore faibles. L’Europe de l’Est reste une destination mineure (2,2% en valeur).
En conclusion, sur 2006, le solde du commerce extérieur des vins pour l’année 2006 s’établissait à 9,3 milliards d’hectolitres pour une valeur excédentaire de 5,7 milliards d’euros(6).
Sur le premier semestre 2007, les exportations françaises de vin étaient aussi en hausse en volume de 1,9% après la hausse précédente de 4% en 2006. Cela s’est traduit par une hausse de 6,3% en valeur en 2007, faisant suite à la hausse de 17.5% en 2006(7). En volume, le marché à destination des pays tiers est tiré par les vins autres que VQPRD (ceux-ci progressent vers les USA, la Chine et Hong Kong) et en particulier par les vins de table très demandés en Russie et en Suisse.
La Chine, passée au 10e rang mondial des pays consommateurs en 2005, est annoncée comme le marché le plus porteur pour le vin d’ici à 2010.

 

Tableau : Les exportations de vins au premier trimestre 2007 (évolution sur 5 ans) :

 

Exportations de vins français à 6 mois


Quelles perspectives pour le vin français ?

Démontrer ses avantages comparatifs, privilégier les spécificités gustatives et qualitatives ou les vins de cépages, plus rafraîchissants, contrecarrer les politiques tarifaires agressives, mieux orienter les consommateurs étrangers…
Il est temps pour l’ensemble des producteurs de se recentrer sur les goûts et le profil du nouveau consommateur, de plus en plus occasionnel (une à deux fois par semaine). La consommation globale en France devrait baisser, en valeur absolue, de 20% en dix ans(8)…
Il convient également de continuer à exporter le vin français comme un modèle social et culturel sur les nouveaux marchés, de le reconsidérer en tant qu’objet social suscitant le désir du consommateur. Et pour ce faire, d’investir dans des politiques de marketing et de communication adaptées aux niches prometteuses de nouveaux débouchés commerciaux (les plus jeunes, les femmes, les clients étrangers…).

Car, pour finir sur une note optimiste, malgré un déclin inéluctable de la consommation régulière, il semble que le vin français prépare son grand retour médiatique dans les années à venir ! A coups de campagnes de communication et de politiques de production qualitatives, notre élément majeur de la culture nationale  n’a pas fini d’abattre ses cartes pour se moderniser et s’adapter à des attentes d’une clientèle différente. Une série d’opportunités qui devrait finalement profiter avant tout au consommateur, disposant d’un choix plus étendu de vins de meilleure qualité à des prix plus abordables.

 

Christelle Faure-Némery




Voir aussi ...

06/08
Cap sur une appellationBordeaux

Les vins de Bordeaux misent sur le marché chinois

Les yeux du monde vitivin">vinicole sont rivés vers le pays le plus peuplé du monde, 9e consommateur mondial de vin">vin et grand pourvoyeur de croissance à deux chiffres pour le marché mondial du vin">vin.
10/08
Cap sur une appellationMarmandais

Origine Marmandais : le label de l'unité

Non loin de Marmande, de part et d’autre des coteaux de la Garonne, il est une petite appellation qui se distingue par la dualité de son terroir : rive gauche, sur les collines constituées de graves rouges le Cabernet Sauvignon y dispose d’un terrain de prédilection, tandis que sur les coteaux argilo-calcaires de la rive droite, le Merlot, une fois mâture, confèrera sa souplesse à des vins puissants, robustes et, l’affirment les Marmandais, aimables, comme les habitants de ce pays. 
01/08
AppellationChâteauneuf-du-Pape

Châteauneuf-du-Pape vu par Christophe Tassan

Ardent défenseur de cette appellation, il apporte un regard différent sur ses vins. Le nez dans le verre, il en explique aussi le caractère et les qualités avec passion et gourmandise, le souvenir de la cuisine de son père, Primo, chef étoilé de l’Auberge de France, en Avignon, chevillé au corps.
03/08
Cap sur une appellationCahors

Les vins de Cahors, ou la revanche du « black wine »

L’histoire mouvementée du vignoble quercinois témoigne de la détermination et de la ténacité des vignerons qui ont cru dans le Malbec, ce cépage noble, pour le faire revenir en force sur le marché du vin...

Message

Fermer le message